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domingo, 25 de enero de 2026

SERMENTS, 842, STRASBOURG, lengua romana, el chapurriau más antiguo

SERMENTS 

PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842
PAR 
CHARLE-LE-CHAUVE,
LOUIS-LE-GERMANIQUE, 
ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.


SERMENTS  PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842 PAR  CHARLE-LE-CHAUVE, LOUIS-LE-GERMANIQUE,  ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.



(Nota del editor, Ramón Guimerá Lorente: He descargado este libro desde Archive.org, y lo edito sin fines comerciales para algunas de mis webs - blogs. Si alguna palabra no la veo bien en el PDF, pondré * asterisco delante pegado, o varios asteriscos ** si son varias palabras.
N. E. : nota del editor. Ver los monumentos de la lengua romana, por Raynouard, a partir del año 842 D. C.)

Se trouve, à Paris,

Chez Delaunay, libraire, galeries de bois, Palais-Royal. 

Treuttel et Wurtz, libraires, rue de Bourbon, n° 17.
Delalain, libraire, rue des Matunrins, n° 5.


AVIS. 

Le relieur placera la planche gravée en regard de la page 1, et le grand tableau à la fin du Mémoire.



SERMENTS
PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842
PAR
CHARLES-LE-CHAUVE,
LOUIS-LE-GERMANIQUE,
ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.
EXTRAITS DE NITHARD, MANUSC. DE LA BIBL. DU ROI, n° 1964; 
TRADUITS EN FRANÇOIS,
AVEC DES NOTES GRAMMATICALES ET CRITIQUES,
DES OBSERVATIONS SUR LES LANGUES ROMANE ET FRANCIQUE,
ET UN SPECIMEN DU MANUSCRIT;

PAR M. DE MOURCIN,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE, etc.

A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE P. DIDOT L'AINÉ,
IMPRIMEUR DU ROI.
1815.


INTRODUCTION.

Depuis la renaissance des lettres, plusieurs savants se sont livrés avec succès à l'étude du moyen âge; mais, toujours occupés des monuments latins, presque tous ont dédaigné le langage rustique (lingua rustica vel romana), que nos pères ont parlé pendant plus de huit siècles, et qu'on doit regarder comme le passage de la langue de Virgile à celle de Racine et de Fénélon. A peine quelques hommes ont daigné le suivre dans ses changements continuels, aussi on voit les autres errer à chaque pas, soit qu'ils veuillent traduire ce langage qu'ils n'entendent point, soit qu'ils traitent de l'origine de notre langue actuelle ou de sa grammaire. 
Je n'entrerai point ici dans de longs détails pour prouver son utilité; les esprits sages savent l'apprécier : je me bornerai à faire connoître d'une manière exacte le plus ancien monument que nous ayons dans cette langue : je veux parler des serments que Louis-le-Germanique et l'armée de Charles-le-Chauve prêtèrent à Strasbourg en 842. Les mêmes serments furent faits en langue 
francique par Charles et l'armée de Louis. Je les rapporterai aussi: ils me serviront à expliquer les premiers, dont ils ne sont que la copie. D'ailleurs, comme les uns et les autres ont toujours été mal lus et mal entendus, je crois utile de remettre, autant qu'il sera possible, dans son intégrité cet ancien et précieux monument (1).

(1) Nithard nous a conservé ces serments dans les deux langues. Malheureusement on ne les trouve que dans un seul manuscrit. Ce manuscrit est à la Bibliothèque du Roi, sous le n° 1964. Jadis il faisoit partie de celle du Vatican. Le n° 419 n'est qu'une copie de celui-ci, faite dans le XVe siècle. 
La place des serments y est laissée en blanc.

Publié par Bodin en 1578, ce fragment de notre ancienne littérature a été cité et commenté depuis par un grand nombre de savants. Fréher est le premier qui en a donné une dissertation; elle parut au commencement du XVIIe siècle, et se trouve dans le Rerum germanicarum aliquot Scriptores. C'est la seule qu'on puisse citer jusqu'à l'année 1751, que Bonamy fit de ces serments le sujet d'un long et intéressant mémoire; mais peu familiarisé avec les principes de la langue romane, cet académicien distingué n'a pas même su toujours profiter des leçons de ceux qui l'avoient précédé.
J'ai donc cru pouvoir remettre l'ouvrage sur le métier; j'ai revu le manuscrit, je l'ai collationné avec grand soin, et, après en avoir fait la traduction, j'ai donné la valeur, la prononciation et l'étymologie de chaque mot; ce qui m'a conduit à plusieurs règles générales sur la grammaire et la formation de notre vieux langage. J'ai été souvent minutieux; mais j'ai dû l'être pour combattre l'erreur, et j'ose espérer que ce foible travail ne sera pas sans utilité.
Je saisis cette occasion pour témoigner ma reconnoissance à messieurs les conservateurs de la Bibliothèque du Roi, qui ont bien voulu me confier avec la plus grande obligeance les ouvrages dont j'avois besoin. Je dois aussi des remerciements à mon savant confrère M. de Roquefort, pour avoir bien voulu mettre à ma disposition la planche du spécimen dont il avoit orné son glossaire, et me permettre d'y faire les changements que je croirois convenables. 


TABLE 
DES AUTEURS CITÉS. 

Astruc (Jean). Mémoires pour l'histoire naturelle de la province de Languedoc. Paris, 1737.
Pag. 506. Texte roman, avec traduction latine interlinéaire. Le même texte répété et traduit en languedocien.
Bodin (Jean). Les six livres de la République. Paris, 1578.
Ve liv., vers la fin, Texte roman, avec traduction françoise.
Boecler (Jean-Henri). De rebus saeculi à Christo nato IX, et X, per seriem, Germanicorum Caesarum commentarius. Argentorati, 1656.
Pag. 121. A l'imitation de Fréher, Boecler met les deux textes en interligne l'un à l'autre; mais il ne donne ni notes ni traduction.
Bonamy (Pierre-Nicolas). Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 
Tom. XXVI, p. 638. Texte roman, avec traduction interlinéaire en latin et en langage du XIIe siècle (1); traduction françoise, notes, dissertation. 
(1) M. Champollion a cru que cette traduction avoit été faite dans le XIIe siècle. 
Borel (Pierre). Trésor de recherches et antiquitez gauloises et fançoises. Paris, 1655.
Vers le milieu de sa préface, Borel cite les deux textes très incorrectement, et en donne la traduction françoise. 
Bouquet (Dom Martin). Recueil des historiens des Gaules et de la France. Paris, 1749. 
Tom. VII, pag, 27, liv. III (de Nithard.) Les deux textes, très incorrects. 
Ib., pag. 35. Textes et dissertation de Fréher.
Bullet (Jean-Baptiste). Mémoires sur la langue celtique. Besançon, 1754.
Tom. I, pag. 23. Texte roman, avec traduction françoise. Explication des mots, dont un grand nombre, selon Bullet, viendroient du celte!
Cange (Charles Du Fresne, seigneur du) (Ducange). Glossarium ad scriptores mediae et infimae latinitatis. Editio secunda. Parisiis, 1733.
Tom. I, pag. 39 de l'ancienne préface. Texte roman, avec traduction latine. Notes sur quelques passages.
En marge on trouve des variantes presque toutes tirées de Bodin.
Champollion-Figeac (J.-J.). Nouvelles recherches sur les patois. Paris, 1809.
Pag. IX de la préface, pag 156. Texte roman avec traduction françoise.
Chesne (André du) (Duchesne). Historiae Francorum scriptores à Pipino Caroli m. imp. patre, usque ad Hugonem - Capetum Regem. Lutetiae - Parisiorum, 
1636.
Tom. II, p. 382. Textes et dissertation de Fréher, à quelques variantes près.
Cordier (Edmond) Recherches historiques sur les obstacles qu'on a eus à surmonter pour épurer la langue Françoise. Paris, 1805.
Pag. 51. Commencement du serment de Louis; texte, et traduction françoise.
Court-de-Gébelin (Antoine). Monde primitif. Paris, 1778.
Tom. V. Explication du frontispice à la suite du discours préliminaire. Texte roman, avec traduction françoise.
Daniel (Gabriel). Histoire de France. Paris, 1713.
Tom. I, pag. 668. Texte du premier serment en langue romane, avec traduction françoise. Le père Daniel a suivi Du Cange, à quelques variantes près.
Duclos (Charles Penot). Mémoire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Tom. XVII, pag. 171. Texte du premier serment en langue romane, avec traduction françoise.
Dupleix (Scipion), Histoire générale de France. Paris, 1631.
Tom. I, pag. 481. Texte roman, avec traduction françoise.
Eckhart (J.-Georges D'). Commentarii de rebus Franciae orientalis. Wiceburgi, 1729.
Tom. II, pag. 354. Textes interlinéaires l'un a l'autre comme ceux de Fréher, avec une traduction latine assez bonne.
Fauchet (Claude). Les aeuvres de feu M. Claude Fauchet, Paris, 1610.
Des Antiquitez françoises, liv. IX, f° 330, v°. Textes très incorrects, avec traduction françoise.
Ferrarius (Octave). Octavii Ferrarii origines linguae italicae. Patavii, 1676.
A la fin de la préface. Texte roman très incorrect.
Fréher (Marquard). Rerum Germanicarum scriptores aliquot, etc. Editio tertia, recognita à Burcardo - Gotthelffio Struvio. Argentorati, 1717.
Tom. I, pag. 72. Fréher est le premier qui a fait une dissertation sur les deux serments (1: Et non pas le premier qui les a publiés, comme le prétend M. Gley.). Textes interlinéaires l'un à l'autre, sans traduction.
Frickius (Jean). Annotateur du Trésor des antiquités teutoniques de Schilter. (voyez ce dernier.)
Gley (G.). Langue et littérature des anciens francs. Paris, 1814.
Pag. 194. Textes, avec traduction françoise.
Grimm (Jacob). Lettre à M. de Roquefort. 1809. 
Cette lettre, que M. de Roquefort a bien voulu me communiquer, contient le texte francique.
Le-Brigant (Jacques). Autres détachements de la langue primitive. Paris, 1787. 
Pag. II. Commencement des deux textes du premier serment, avec traduction.
Le Gendre (Louis). Histoire de France jusqu'à la mort de Louis XIII. Paris, 1718.
Tom. I, pag. 235. Premier serment en langue romane; le texte et la traduction. 
Leibnitz (Godefroi - Guillaume). Gothofredi - Guillelmi Leibnitii opera omnia. Genevae, 1768.
Tom. VI, 2e part., pag. 141. Les deux textes interlinéaires l'un à l'autre, avec quelques notes. L'éditeur a mal imprimé ces serments, et, comme je n'ai pu me procurer la première édition de Leibnitz, je ne cite que d'après Astruc.
Lipse (Juste). Justi Lipsii opera omnia. Antverpiae, 1637.
Tom. II, pag. 494. Epistolarum selectarum ad Belgas centuria tertia; epistola XLIV, Henrico Schottio. Les deux textes du premier serment, sans traduction. 
Mézeray (François-Eude). Histoire de France depuis Faramond jusqu'à maintenant. Paris, 1643.
Tom. I, pag. 258. Commencement des deux textes, avec la traduction française du premier serment en entier.
Oberlin (Jérémie-Jacques). Essai sur le patois lorrain des environs du comté du Ban de la Roche. Strasbourg, 1775.
Pag. 10. Texte roman, avec traductions française, gasconne et lorraine.
Petit-Pas (Jean). Histoire générale des Roys de France, escrite par Bernard de Girard, seigneur du Haillan. Paris, 1615.
L'éditeur Petit-Pas a ajouté, ou fait ajouter, ces serments. Texte roman avec traduction françoise.
Pithou (Pierre). Annalium et historiae Francorum ab ann. Christi 708 ad ann. 990 scriptores coaetanei XII; ex bibliothecâ P. Pithaei, Parisiis, 1588.
Pag. 353 (liv. III de Nithard). Les deux textes sans traduction.
Platière (Sulpice de La). Galerie universelle des hommes qui se sont illustrés dans l'empire des lettres. Paris, 1787.
Tom. I, pag. XCI de l'introduction. Texte roman, avec traduction françoise.
Pontanus (Jean-Isaac), Originum Francicarum libri VI. Hardervici, 1616.
Liv. VI, pag. 605. Les deux textes avec la traduction françoise d' Antoine Thysius; quelques notes, et une traduction àllemande; le tout fort mauvais. 
Ravallière (Louis-Alexandre Lévesque de La). Les poésies du Roy de Navarre. Paris, 1742.
Tom. I, pag. 98. Révolutions de la langue françoise depuis Charlemagne jusqu'à saint Louis. Texte du serment de l'armée de Charles, avec traduction françoise.
Rivet (Dom Antoine). Histoire littéraire de la France. Paris, 1746.
Tom. VII, pag. XXX de l'avertissement. Texte du premier serment en langue romane, avec traduction française.
Roquefort (J.-B.-B. De). Glossaire de la langue romane. Paris, 1808.
Tom. I, pag. XX du discours préliminaire. Les deux textes sont accompagnés de la traduction françoise, et d'un spécimen du manuscrit de Nithard. M. de 
Roquefort a rapporté en outre les traductions en langage du XIIe siècle et en latin barbare, faites par Bonamy.
Schilter (Jean). Scriptores rerum Germanicarum à Carolo III usque ad Fredericum III. Argentorati, 1702.
Pag. 101 (liv. III de Nithard). Les deux textes, sans traduction.
Id. Joannis Schilteri thesaurus antiquitatum Teutonicarum. Ulmae, 1727.
Tom. II. Jus provinciale Alemanicum, pag. 240. Ici les deux textes sont accompagnés de quelques notes et d'une traduction latine; le tout selon Frickius.
Schoepflin (J.-Daniel). Alsatia illustrata. Colmariae, 1751.
Tom. I, pag. 811. Les deux textes avec traduction latine; quelques notes. 
Villencour (N. DE). Discours public sur les langues en général, et sur la langue françoise en particulier. Paris, 1780.
Pag. 26. Commencement du serment de Louis, avec traduction françoise. 
Vulcanius (Bonaventure). De litteris et linguâ Getarum sive Gothorum, item de notis Lombardicis. Lugduni - Batavorum, 1597.
Pag. 68. Les deux textes sans traduction. 
Wachter (Jean-Georges). Glossarium Germanicum. Lipsiae, 1737. 
Pag. 961. Au mot Leisten on trouve une phrase du serment de l'armée de Louis. 


TABLE
DES MÊMES AUTEURS,
PAR ORDRE DE DATE.

Bodin 1578
Pithou 1588
Vulcanius 1597
Lipse (Juste)  1599
Fauchet 1602
Fréher 1611
Petit-Pas 1615
Pontanus (Isaac) 1616 
Dupleix 1621
Du Chesne 1636
Mézeray 1643
Borel 1655
Boecler 1656
Ferrarius 1676
Du Cange 1678
Le-Gendre 1700
Schilter 1702
Leibnitz 1 (sic)
Daniel 1713
Frickius 1727 
Eckhart 1729
Astruc 1737
Wachter 1737
Duclos 1741
La Ravallière 1742
Rivet 1746
Bouquet (Dom) 1749
Schoepflin 1751
Bonamy 1751
Bullet 1754
Oberlin 1775
Court-de-Gébelin 1778
Villencour 1780
Le-Brigant 1787
La Platière 1787
Cordier 1805
Roquefort 1808
Champollion 1809
Grimm 1809
Gley 1814


TABLE 
DES ABRÉVIATIONS. 
A. Astruc.
Bn. Bodin. 
Br. Boecler.
Bi. Bonamy.
Bl. Borel.
B. Bouquet (Dom)
Bt. Bullet.
C. Cange (Du)
Ce. Les variantes en marge de Du Cange.
Cn. Champollion.
Cr. Cordier (l'abbé) 
Ct. Court-de-Gébelin.
Dl. Daniel (le père).
Dc. Du Chesne.
Ds. Duclos.
Dx. Dupleix.
E. Eckart.
Ft. Fauchet.
Fi. Ferrarius.
Fr. Fréher. 
Fs. Frickius.
G. Gley.
Le. Le-Gendre
Lt. Le-Brigant.
Lz. Leibnitz.
Ls. Lipse (Juste)
M. Mézeray.
O. Oberlin.
Pt. Petit-Pas.
Pu. Pithou (Pierre)
Pe. La Platière (le Cte de.)
Ps. Pontanus (Isaac).
Re. La Ravallière.
Rt. Rivet (Dom)
R. Roquefort.
Sr. Schilter.
S*. Schoepflin.
Vr. Villencour.
V. Vulcanius.


abl. ablatif. 
acc. accusatif. 
all. ou allem. allemand. 
angl. anglois. 
anglo-s. anglo-saxon. 
Baluz. de Baluze.
B. de Barbazan. 
Bibl. R. Bibliothèque du Roi. 
Cap. Capitulaires.
chap. chapitre.
col. colonne.
dat. datif.
Ex. Exemple.
fabl. fabliaux.
fém. féminin.
fl. ou flam. flamand.
f° folio.
fr. françois. 
fut. futur.
gén. génitif.
goth. gothique.
ib. ibidem.
imp. imparfait.
ind. indicatif.
inus. inusité.
lat. latin.
lat. b. latin barbare.
l. ligne.
masc. masculin.
nom. nominatif.
neut. neutre.
pág. page.
parf. parfait.
pers. personne.
plur. ou pl. pluriel.
prépos. préposition.
prés. présent.
pron. pronom.
r° recto.
S. Saint.
scand. scandinave.
serm. sermons.
sing. ou singul. singulier.
subj. subjonctif.
subst. substantif.
tom. tome.
v. vers.
v° verso.
voy. voyez.
1re. première.
3e troisième.
c.-à-d. c'est à dire.
-. omis.
 



SERMENTS
PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842
PAR 
CHARLES-LE-CHAUVE,
LOUIS-LE-GERMANIQUE,
ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.
__________

Poussé par l'ambition, l'empereur Lothaire cherchoit tous les moyens de déposséder ses frères et d'accroître son autorité, lorsque Charles, roi de France, et Louis, roi de Germanie, sentirent enfin la nécessité de se liguer contre leur ennemi commun. Ils gagnèrent sur lui la célèbre bataille de Fontenay; mais, comme ils usèrent avec trop de modération de la victoire, il ne perdit pas de vue ses projets; il se disposoit encore à les attaquer. C'est alors qu'ils crurent devoir cimenter leur alliance.
Après avoir opéré leur jonction à Strasbourg (1), ils se promirent mutuellement de rester étroitement unis, et d'employer toutes leurs forces contre Lothaire : mais afin que les peuples ne doutassent pas de la sincérité de cette union, et pour avoir eux-mêmes moins de moyens de rompre leur alliance, ils résolurent de se prêter serment en présence de l'armée. D'abord chacun d'eux harangue ses soldats, leur expose ses griefs contre Lothaire, et les motifs de l'alliance qu'il va contracter; ensuite il leur déclare que si jamais, ce qui à Dieu ne plaise, il violoit sa promesse, il les absout de la foi et de l'obéissance qu'ils lui ont jurées. Ces discours finis, ils font leur serment, Louis en langue romane, pour être entendu des sujets de Charles, et Charles en langue francique pour l'être de ceux de Louis (2: Manusc. f° 13 r° ).

(1) In civitate (dit l'auteur) quae olim Argentaria vocabitur (hay una corrección, vocabatur) nunc autem Strazburg vulgo dicitur. 
Nithard et Thegan confondent Argentaria avec Argentoratum. C'est cette dernière ville (qu'on appeloit aussi Argentoratus et Argentina), qui prit ensuite le nom de Stratburg ou Stratburgum, Stratburgus, Strataburgum, Strateburgum, Strazburg, aujourd'hui Strasbourg; (N. E. Straßburg, Strassburg) composé de straz ou strasse (N. E. o Straße), voie, chemin, et de burg, ville, à cause sans doute de sa position sur la grande route d'Allemagne. Les deux frères firent leur jonction le 16 des kalendes de mars, c'est-à-dire le 14 février, et non pas le 17 mars, comme nous l'apprend M. Gley. 

… Cùmque Karolus (dit Nithard) haec eadem verba romanâ linguâ perorasset, Lodhwicus, qui major natu erat, prior haec deinde se servaturum testatus est:

TEXTE.

Pro Deo amur, et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai-eo cist meon fradre Karlo, et in adjudha et in cadhuna cosa, si cum om, per dreit, son fradra salvar dist; in o quid il mi altresi fazet: et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit.

(N. E. Raynouard:)

Pour de Dieu l' amour et pour du chrétien peuple et le notre commun salut, de ce jour en avant, en quant que Dieu savoir et pouvoir me donne, assurément sauverai moi ce mon frère Charles, et en aide, et en chacune chose, ainsi comme homme par droit son frère sauver doit, en cela que lui a moi pareillement fera: et avec Lothaire nul traité ne onques prendrai qui, à mon vouloir, à ce mien frère Charles en dommage soit.

TRADUCTION.

Pour l'amour de Dieu, et pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun : de ce jour en avant, autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon frère Charles, que voici, et par mon aide et par tous moyens, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère; pourvu qu'il en fasse autant à mon égard : et je ne prendrai jamais avec Lothaire : aucun arrangement, qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mondit frère Charles.

Quod cùm Lodhwicus (continue notre auteur) explesset, Karolus, teudiscâ (1) linguâ, sic haec eadem verba testatus est:
(1: Tudesque, théotisque, thioise, teutonique ou francique. 
Ce dernier mot est le plus précis.)

In Godes minna, ind in thes christianes folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi madh 
furgibit, so hald-ih tesan minan bruodher … , … soso man, mit rehtu, sinan bruher scal; in thiu thaz er mig so soma duo : indi mit Luheren in nohheiniu thing ne gegango, zhe, minan uuillon, imo ce scadhen uuerhen.

TRADUCTION:

Pour l'amour de Dieu, et pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun, de ce jour en avant, autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon fière Louis, que voici, … ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère; pourvu qu'il en fasse autant à mon égard : et je ne viendrai avec Lothaire à aucun arrangement, qui, de ma volonté, puisse lui (à mondit frère) être dommageable.

Sacramentum autem (dit-il) quod utrorumque populus, quique propriâ linguâ, testatus est romanâ linguâ sic se habet:

Si Lodhwigs sagrament quae son fradre Karlo jurat, conservat et Karlus,
meos sendra, de suo part, non los tanit; si jo returnar non l'int pois; ne jo, 
ne neuls cui eo returnar int pois, in nulla ajudha contra Lodhuwig nun li 
iver.

Si Louis tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Charles; que de son côté Charles, mon seigneur, ne le tienne, et que je ne puisse le détourner de cette infraction; ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, nous ne l'aiderons en rien contre Louis.

Teudiscâ linguâ autem:

TEXTE. 

Oba Karl then eid, then er sinemo bruodher Ludhuuuige gesuor, geleistit, 
indi Ludhuuuig, min herro, then er imo gesuor, forbrihchit; ob ih inan es iruuenden ne mag; noh ih, noh thero nohhein, then ih es iruuenden mag, uuidhar Karle imo ce follusti ne uuirdhit.
TRADUCTION.

Si Charles tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Louis; que Louis, mon seigneur, viole celui qu'il lui a juré, et que je ne puisse l'en détourner; ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, nous ne l'aiderons en rien contre Charles.

Quibus peractis (ajoute Nithard), Lodhuwicus (1: Lisez Lodhwicus.), Reno tenus per Spiram, et Karolus, juxta Wasagum per Wizzunburg, Warmatiam iter direxit.

(Continuará, estic editán.)